dimanche 30 décembre 2007

L'Ihram (Etat de sacralisation - pureté)

Durant le pèlerinage, l’homme le pécheur se présente devant le Miséricordieux, son Seigneur. Mais cette rencontre avec Allah ne peut avoir lieu que si le pèlerin se comporte selon la façon prescrite.

La Kaaba symbolise le Trône Divin sur terre. Elle est entourée de deux espaces sacrés, le pèlerin ne peut pas y pénétrer sans se mettre en état de pureté absolue. Cette condition s’appelle communément ‘État de sacralisation’ ou ‘État d’Ihram’. Ce premier geste est obligatoire pour accomplir le Hajj, sans lequel celui-ci est nul. Il se débarrasse de tous les ornements de ce monde en purifiant son corps et son âme.

Le pèlerin en état de sacralisation porte un vêtement particulier (l’ihram) destiné à le rendre conscient du caractère solennel de la prière qu’il va accomplir.

Étymologiquement, l’ihram veut dire : « déclarer qu’une chose est défendue ». En état de sacralisation, certains actes permis (actions halal) sont strictement défendus (haram).

L’ihram est un vêtement à caractère paradoxal. Dans sa forme, il est très simple et sans apparat. Il est fait de deux morceaux de tissus non cousus de 2,40 mètres X 1,40 mètres en général (tel qu’il est vendu dans le commerce[i]), que l’on appelle ‘Izaar[ii]’ et ‘Rida[iii]’généralement en blanc, mais le Prophète (pssl) a déjà porté un vêtement vert pour la tawaaf, ce qui veut dire que le blanc n’est pas absolument obligatoire.

L’ihram est en même temps l’habillement le plus prestigieux. On le porte pour la rencontre physique avec son Créateur, comme un linceul. Avant de le porter, le pèlerin doit devenir « serviteur de Dieu » (Abd Allah[iv]) pour le revêtir.

Ce titre d’Abd Allah est une haute distinction conférée par Dieu à l’homme. En principe, seul le Prophète Muhammad (pssl) et le détenteur du titre d’Abd Allah, et qui, par extension, est conféré temporairement à tous les vrais croyants pour qu’ils puissent se présenter devant Allah durant le pèlerinage.

Le pèlerin doit également se « déshabiller » de manière absolue, se dépouiller de tout vêtement de prestige, d’orgueil, de grandeur matérielle.

Il se purifie extérieurement par les grandes et petites ablutions aussi bien qu’intérieurement par le repentir et le zikr, par le remboursement des dettes (s’il en a), par le dédommagement des torts commis à autrui, par l’engagement de ne plus commettre les mêmes fautes. Dorénavant, il doit s’engager à se conformer totalement à l’ordre divin.

Quant à la femme, elle peut, par respect à sa nature, porter un vêtement de toute couleur (sans couvrir le visage) à l’exception du jaune orangé. Elle doit se couvrir à l’exception des mains, du visage. En général, les femmes pèlerins portent soit le noir, soit le blanc.

Le prestige de la femme en islam est très élevé. La Sounna nous enseigne que le paradis se trouve sous les pieds des mères. Tout comme un chef d’État est toujours escorté dans son déplacement, la femme musulmane doit se faire accompagner durant son déplacement pour accomplir le pèlerinage (Hajj ou Oumra) par son époux ou à défaut par un Mahram[v].

Donc, l’ihram (les vêtements non cousus pour l’homme et cousus pour la femme) est purement symbolique.

L’ihram sert de symbole. Il marque la rupture, le départ de l’homme du monde physique, des plaisirs, des illusions et éphémère et son entrée dans celui du beau, de la vérité, du réel et de l’éternel.

C’est au Miqaat[vi], avant de pénétrer dans les deux espaces sacrés (Haram et Hil) que le pèlerin s’habille en ihram en tournant le dos à tout ce qui n’est pas licite et en disant.

« Labbaik[vii] » (Me voici, Seigneur).

Aussitôt qu’il prononce le mot Labbaik, il est considéré comme en état de sacralisation.

Ce moment est très solennel pour le Muhrim (pèlerin en état de sacralisation), puisque Labbaik signifie aussi : « Pour toi Seigneur, je renonce à tout ».

Il devra être très conscient qu’il délaisse le monde relatif pour solliciter très humblement d’Allah trois faveurs principales, essentielles et réelles.

  1. Rida : l’Agrément ;
  2. Ghuffran : le Pardon ;
  3. Rahma : la Miséricorde Divine.

Notons qu’il y a deux sortes de limite (miqaat). Il s’agit du miqaat du temps, et miqaat du lieu.

Miqaat du temps.

Limite du temps qui commence le 1er Shawwal jusqu’à l’aube du 10ème Zilhajj de la même année.

Si le pèlerin se met en état de sacralisation avant ou après cette période son pèlerinage est nul.

Miqaat du lieu. (Vidéo)

Limites géographiques des lieux définis par le prophète Muhammad (pssl). Ce sont cinq endroits en dehors des espaces sacrés. Ils sont :

  1. Abiar-Ali-Dhoul Hulaifa (au nord de La Mecque) ;
  2. Rabeigh-Al-Juhfa (au nord-ouest de La Mecque) ;
  3. Dhatou Irq (au nord-est de La Mecque) ;
  4. Qarnal Manazil-Assail-Vadi Mahram (à l’est de La Mecque) ;
  5. Yalamlam (au sud de La Mecque).

Pour connaître l’espace sacré (Haram et Hil), il faut tirer une ligne reliant les cinq endroits mentionnés par le Prophète (pssl) afin d’avoir les extensions de Miqaat. L’espace sacré ressemble à un pentagone.

Pour éviter toute erreur et transgression, il est conseillé au futur pèlerin de porter l’ihram bien avant les limites territoriales si par mégarde il pénètre dans l’espace sacré sans l’ihram, il lui faudra retourner tout de suite au Miqaat, porter l’ihram et y entrer de nouveau.

Si pour une raison ou une autre, il ne peut retourner au Miqaat, il lui faut sacrifier un animal pour cette infraction. Cette réparation s’appelle en droit musulman « dam[viii] ».

Il faut aussi mentionner une exception en droit musulman concernant deux catégories de pèlerins au sujet du miqaat. La Kaaba est encerclée par deux espaces sacrés : Haram et Hil.

Tous ceux habitant dans le Haram, portent leur ihram de leur résidence pour le hajj, par contre pour l’oumra, ils doivent sortir, porter l’ihram dans le Hil et y retourner.

Ceux habitant dans le Hil portent leur ihram de leur résidence que ce soit pour le hajj ou l’oumra ou avant de pénéter dans le Haram.

Le pèlerin en état de sacralisation ne doit pas :

- Cohabiter avec son conjoint/sa conjointe ;

- Parler ou agir indécemment ;

- Se quereller ;

- Se mettre en colère ;

- Chasser un gibier, aider dans la chasse ou tuer des animaux ;

- Se couper les cheveux ou enlever les poils du corps ;

- Se raser

- Se couvrir la tête (pour les hommes ;

- Se revêtir de vêtements cousus (pour les hommes) ;

- Se parfumer ;

- Se couper les ongles ;

- Conclure un mariage, fiançailles ou en faire la demande ;

- Abattre des arbres ou arracher des herbes ;

- Se coiffer ;

- Porter des chaussettes et des chaussures cousues.

Les actions permissibles en état de sacralisation sont :

- Prendre un bain (ghussal) ;

- Tuer des animaux dangereux ;

- Porter des sandales qui ne couvrent pas les chevilles ;

- Se protéger sous une ombrelle ou parapluie ;

- Laver son ihram ou l’échanger ;

- Utiliser un miroir ;

- Porter une ceinture cousue munie de poches pour garder son argent ou document.

D’après un récit, le Prophète Muhammad (pssl) a dit : « Quiconque meurt pendant qu’il est en état d’ihram se levera de son tombeau le jour du jugement en récitant ‘Labbaik’ ».

Après l’accomplissement du Hajj, le Muhrim se désacralise en deux temps.

  1. D’abord, après l’immolation (qurbani) et le rasage de la tête ou le raccourcissement des cheveux, il se désacralise partiellement ;
  2. Après avoir accompli la tawaaf Az Ziyara, il se désacralise complètement.

Mais le Haji[ix] (ou Al Hajj) qui avait décidé de ne plus faire ce qui est satanique, peut-il vraiment se désacraliser, peut-il oublier qu’il a lapidé Satan 49 fois.


[i] Il n’y a aucun caractère impératif à ce sujet.

[ii] La partie portée en haut du corps.

[iii] La partie portée au bas du corps.

[iv] C’est ce qu’on récite dans la deuxième kalimah. « Ash-hadu Allaailaahill-Allah. Wahdahuu. Laashrikikalah. Wa ashhadu anna Muhammadan abduhuu wa rasulluh ».

[v] En droit musulman, peut être mahram, les père et grands-pères, frères, fils et petits-fils, oncles, neveux, beau-père, et beau-fils.

[vi] Les limites géographiques des lieux par le Prophète (pssl) d’où les pèlerins doivent obligatoirement être vêtus d’ihram avant de continuer leur voyage pour La Mecque.

[vii] « O Allah, je suis présent et je réponds à ton appel. Formule appelée « talbiya ».

[viii] Sacrifier au nom de Dieu un bouc, un mouton ou une chèvre ou un septième d’un bœuf, d’une vache, d’un chameau et de l’offrir aux pauvres.

[ix] Quelqu’un qui a complété le pèlerinage à la Mecque d’après les prescriptions islamiques.